Mais Madame! C’est mon chien qui a mangé mon devoir!
Un cliché c’est une expression trop utilisée.
Si je dis : « Et c’est pas fini » : on pense à Star Académie.
Si je dis : « I’ll be back » : on pense à Terminator .
Si je dis : Une femme qui se frappe la poitrine : on pense à Céline Dion.
Secondaire 1, Collège Mont Notre-Dame. J’ai un bébé chien, il s’appelle Charles. C’est un lévrier irlandais. Il a 8 mois et pèse 65 livres. C’est la race des plus grands chiens au monde. Je fais un petit essai d’écriture. Je dois le faire signer par mes parents et le remettre à mon enseignante. Charles, ardent de faire ses dents de chiots sur tout ce qu’il trouve, gobe mon devoir. Je vais voir ma professeure et lui dit que mon chien a mangé mon devoir. Et ce, le matin même. L’enseignante me regarde tout d’abord perplexe, pour ensuite hausser un sourcil et me dit : « Franchement Garance. » Une lourde conversation de confiance prof-élève s’en suit. Je dois donc demander à ma mère, pour ma dignité, de signer un papier qui indique clairement que je n’ai pas menti et que mon animal canin a bel et bien dévoré mon compte-rendu.
BAC, première année, UQAM. Je suis une passoire. Je n’ai pas de filtre. Je suis, un aimant. Un aimant à contracter tout ce qui passe. Je suis, privée de système immunitaire.
J’imagine souvent les bébés naissants sur des pourvoyeurs à roulettes. Comme à l’épicerie. Une allée de rouleaux cylindriques qui approvisionnent une marchandise. Encore foetaux, nous passons sur cette passerelle. Des employés au travail à la chaîne nous passent, un par un, en nous incorporant les divers éléments anatomiques dont nous avons besoin. Vessie, ongles, estomac, lobe gauche, lobe droit, oreilles, orteils, yeux, reins. Lorsque je suis passé sur la ligne de front des travailleurs, lorsqu’ils en étaient à une étape fatidique de ma constitution, bébé Garance001PHI892006 à écoper. J’imagine employé12 matricule 3499 se dire : « Fuck. Il ne reste plus de système immunitaire. Je m’en vais en pause dans 1 minute, et l’entrepôt est si loin. [moment de réflexion] Bahh! De toute façon, elle aura plein d’autres choses pour elle! » Et voilà qu’il me refila aux prochains ouvriers, aux soins capillaires. Aujourd’hui, je souffre de ce manque de système immunitaire. J’ai toutes les les «ites» possibles, et en si peu de temps : bronchite, otite, sinusite… Nommez-les!
Je suis une étudiante très fortunée, car j’ai des parents qui m’aident et me soutiennent. Toutefois, besoins l’exigent, que je dois bosser pour gagner mon pain. C’est tout le temps la même chose, presque une fois par mois, mes employeurs perdent un peu de patience à mon égard quand ils m’entendent leur dire que je ne pourrai pas entrer travailler puisque je suis malade.
Chaque fois, je pense à mon chien Charles. Je pense à quel point c’était facile de concrétiser les événements avec un alibi aussi concret. Malgré moi, l’employé12 matricule 3499 est difficile à contacter pour me signer un billet du médecin.
Un cliché, c’est une expression trop utilisée, mais quand même, utilisée.